L’exemple britannique : des étiquettes stigmatisantes pour les fromages, avec beaucoup d’indicateurs de couleur rouge.

 

 

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Etiquettes : de plus en plus explicites

A partir de 2017, la législation concernant l’étiquetage des produits alimentaires préemballés évolue. Les pouvoirs publics souhaitent que le consommateur soit mieux informé sur l’origine des produits et sur leur impact sur la santé.

Indication de l’origine : de quel pays vient le lait ?

A

partir du 1er janvier 2017, avec une tolérance jusqu’au 31 mars 2017, les denrées vendues préemballées devront mentionner de manière précise le pays ou la zone géographique des ingrédients utilisés, dès lors qu’ils représentent plus de 50% du produit fini*. Pour les fromages, il s’agit donc de l’origine du lait utilisé, voire des laits lorsqu’il s’agit de fromages mixtes ou de produits utilisant pour partie de la poudre de lait.

Peu de conséquence pour le réseau traditionnel : sont exclus du dispositif les produits des ateliers et rayons à la coupe des magasins (qu’il s’agisse de grande distribution ou de commerce de détail), ainsi que les produits préemballés pour une vente immédiate (« fraîche découpe »), Le décret exclut également les AOP, dont l’origine est, par leur concept même, déjà explicite. La mesure vise donc essentiellement le libre-service, pour la grande distribution et les crémiers qui disposent de bacs ou de présentoirs en libre-service.

« La volonté des pouvoirs publics est d’indiquer au consommateur l’origine nationale des ingrédients » , commente Karine Simbelie, chef du service affaires réglementaires d’Atla (Association de la transformation laitière française). « Il faut indiquer un pays a minima, “France” par exemple, ou s’il s’agit d’un pays européen, “Union européenne”. Autrement “hors UE”. Si les ingrédients proviennent de plusieurs sources géographiques, il faut le préciser. » A noter que les produits étrangers échappent à cette réglementation.

Où placer la mention de l’origine ? « Soit dans la liste des ingrédients, immédiatement après le nom de l’ingrédient concerné, soit dans une note au bas de cette liste. » Toutefois, les services de contrôle ont prévu d’accepter « toute indication préexistante, susceptible d’avoir le même sens pour le consommateur : par exemple, un logo régional, l’indication d’un département, la mention fermier qui implique, par définition, que les ingrédients sont français… »

Toutes ces dispositions sont prévues par le décret n°2016-1137 relatif à l’indication de l’origine du lait et des viandes utilisés en tant qu’ingrédient, publié au JO du 19 août dernier. Ce décret entre en application à titre expérimental jusqu’au 31 décembre 2018. « Un rapport d’évaluation sera transmis à la Commission européenne, précise Karine Simbelie, sur la base duquel pourra être envisagée la pérennisation du dispositif. »

Autre précision importante : « Les denrées alimentaires fabriquées avant le 1er janvier pourront être mises en vente, vendues ou distribuées à titre gratuit jusqu’à épuisement des stocks. Les stocks d’étiquettes pourront, quant à eux, être écoulés jusqu’au 31 mars 2017. »

Etiquetage nutritionnel : c’est bon pour la sant ??

A

partir de ce 13 décembre 2016, les produits alimentaires préemballés doivent obligatoirement mentionner sur l’étiquette leur teneur en calories, matières grasses, acides gras saturés, glucides, sucres, protéines et sel. Le tout, en vertu d’un règlement communautaire du 25 octobre 2011, entré en vigueur pour la plupart des points en décembre 2014, mais en décembre 2016 pour la partie étiquetage nutritionnel. Ce régime concerne tous les circuits commerciaux et n’exclut aucun label.

Le réseau traditionnel est, là encore, peu concern ? : les produits laitiers emballés sur les lieux de vente ou préemballés en vue de leur vente immédiate (fromage à la coupe, par exemple) échappent à l’étiquetage nutritionnel. Autre exception : les produits de petite taille dont la surface de l’emballage n’est pas suffisante pour faire figurer la composition nutritionnelle sont exemptés.

Les mentions doivent figurer sous la forme d’un tableau ou de façon linéaire, selon un ordre préétabli (énergie, matières grasses, glucides…), dans une langue « facilement compréhensible par le consommateur » et être lisibles.

Les warnings, ces messages d’alerte illustrés mettant en garde le consommateur contre la richesse du produit en certains ingrédients réputés mauvais pour la santé, relèvent d’une démarche volontaire. C’est la hantise de la profession : avec leurs taux généralement élevés en sel et en matières grasses, les fromages partent avec un lourd handicap et risquent d’être stigmatisés.

En Europe, le Royaume-Uni s’est engagé dans cette démarche, sous la forme de « traffic lights » (feux tricolores) avec les codes couleur rouge, orange et vert. Sans surprise, les fromagers voient rouge (cf exemples ci-dessus), seule la teneur en sucre faisant apparaître un peu de vert… Une réalité à laquelle sont déjà confrontés les fabricants français qui exportent outre-Manche. « La mesure n’est appliquée que par certains distributeurs, en s’appuyant sur des limites officielles définies par les autorités sanitaires britanniques », précise Mélanie Janin, chargée de mission aux affaires réglementaires, techniques et scientifiques chez Atla.

D’autres pays européens utilisent des logos nutritionnels, en préférant aux feux tricolores des logos signalant les produits considérés comme les plus « sains ». En France, le ministère de la Santé est en pleine réflexion. Plusieurs systèmes sont actuellement en phase de test.

Etiquetage des AOC vendues « en vrac »

L

a mésaventure est arrivée à Ludovic Bisot, MOF 2015, détaillant à Rambouillet, qui a reçu une injonction de mise en conformité pour étiquetage non conforme pour une quinzaine d’AOP : des fromages qu’il avait déconditionnés et vendait, par exemple, sous forme de pointe (abondance fermier, beaufort, brie de Meaux… ), ou des petits formats remballés avec une présentation plus attractive (langres sous papier cristal, par exemple)… Or le Code de la Consommation impose pour les « AOC laitières vendues en vrac », que soient précisés le nom et l’adresse du producteur ou de l’affineur sur la zone AOP. Or ses étiquettes indiquant le prix ne le précisaient pas.

Une incertitude pèse sur les AOP de pays étrangers, qui pourraient échapper à cette règle (le Code ne parle bien que d’AOC). Cet article méconnu encourage, soupire-t-il, à « aller vers des produits préconditionnés en barquettes et étiquetages informatisés, et enquiquine le petit artisan qui veut mettre en valeur ses produits. » La Fédération des Fromagers de France a engagé des discussions avec le Cnaol pour tenter de faire assouplir cette réglementation. •

(*) Le texte ne vise que les laits ingrédients et non pas tous les ingrédients du produit (par exemple le fromage ingrédient d’un fromage fondu n’est pas visé, de même que les fruits d’un yaourt aux fruits non plus).

Mention « fermier » : statu quo

Rien de nouveau sur l’étiquetage des produits fermiers, à la suite de la décision du Conseil d’Etat en date du 17 avril 2015, de restreindre le terme « fermier » aux seuls produits affinés à la ferme. Une mesure qui prive de cette mention des produits affinés par des affineurs spécialisés tels qu’il en existe dans les filières AOP reblochon, chavignol ou encore picodon, ou bien par des crémiers-fromagers affineurs.

Cette décision avait été prise à la suite d’une requête de l’Association régionale des producteurs de fromages fermiers de Corse. Des discussions ont été engagées entre les pouvoirs publics, le Cnaol, la Fédération des Fromagers de France ou encore la Fnec, les services de la Répression des Fraudes se gardant pour l’instant de verbaliser sur le terrain. Les acteurs de la filière attendent désormais que la Répression des fraudes livre son interprétation de l’arrêt du Conseil d’Etat et donne ses consignes. •

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