Boviwell plein champ

50 000 fermes laitières vont effectuer ce diagnostic de bien-être animal d’ici à 2025.

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égulièrement interpellée sur le sujet du bien-être animal, l’interprofession laitière a décidé de prendre le sujet en mains de façon résolue, en décidant d’intégrer, depuis le mois de mars, Boviwell à la Charte des bonnes pratiques d’élevage laitier. Cet outil de diagnostic est réservé aux élevages bovins.

« L’objectif de notre démarche RSE est d’évaluer 100% des exploitations laitières d’ici à 2025 », annonce Nadine Ballot, chef de service Elevage et Environnement au Cniel. La mesure ne concerne que les vendeurs de lait, les fermiers fabricants relevant, eux, du Guide des bonnes pratiques d’élevage fermier.

Interbev (interprofession bétail et viande) a, elle aussi, intégré en partie Boviwell à tous ses Label rouge et vise sa mise en œuvre dans 40 000 exploitations. Les deux interprofessions se sont associées pour concevoir une version digitale, présentée lors du dernier Salon de l’agriculture, pour favoriser le déploiement de l’outil.

Rapide et abordable

Boviwell est né chez Moy Park Beef Orléans, principal fournisseur de steaks hachés de McDonald en France. « Notre client, qui avait lancé en 2010 une stratégie d’agroécologie avec l’enjeu de veiller sur le bien-être animal des bovins et poulets, nous a interrogés sur la manière dont nous pourrions procéder », raconte Salomé Rozier, responsable de la filière bovine de l’entreprise. Il n’existait pas d’outils à l’époque pour le mesurer. Nous avons décidé en 2013 d’en créer un avec l’aide d’une école lilloise d’ingénieurs agricoles, l’ISA, sous le tutorat de Joop Lensink, la référence sur le sujet, l’un des maîtres d’œuvre de Wellfare Quality, référentiel scientifique européen lancé en 2019. »

Wellfare Quality exigeait au moins une journée sur le terrain. « Nous avons souhaité une méthode plus abordable pour les techniciens d’élevage, poursuit-elle. L’école nous a proposé de mettre au point une série d’indicateurs ». L’outil en comporte une trentaine, « basés le plus possible sur des mesures objectives » : l’état corporel des animaux, les boiteries, la qualité du dispositif d’abreuvement…

Le diagnostic s’effectue sur un échantillon représentatif de l’exploitation. « Si la ferme compte 30 animaux, tous vont être observés. Au-delà de 40, on procède par échantillonnage », précise Salomé Rozier.

Une note sur 100 est aussitôt attribuée sur le terrain, avec d’éventuelles préconisations

Moy Park Beef Orléans a déployé entre 2017 et 2018 la première version opérationnelle sur l’ensemble de ses 1 400 élevages sous contrat. « Les résultats ont été plutôt rassurants, témoigne-t-elle, la note moyenne s’est établie à 73 sur 100. »

Points faibles les plus souvent présents : l’insuffisance d’abreuvoirs et la méthode d’ébourgeonnage des veaux. En 2020, la société a cédé la propriété de l’outil aux interprofessions. Le Cniel avait commencé à travailler sur l’élaboration de sa propre méthode en 2018, « mais le Covid nous a fortement ralenti dans sa mise au point. Nous avons finalement fait le choix d’utiliser l’outil de Moy Park en ajoutant des indicateurs que nous avons co-construits avec le concours de professionnels, de spécialistes qui connaissent bien le métier, d’experts de l’Institut de l’élevage, et qui parlent aux éleveurs. »

Démarche de progrès

Le Cniel a retenu 12 indicateurs issus de Boviwell (état corporel, place à l’abreuvement, blessures, boiteries, cellules somatiques, mortalité des vaches et des veaux, pratiques lors de l’ébourgeonnage, accès à une aire d’exercice). « Nous avons, par exemple, ajouté un indicateur “gestion des événements climatiques” extrêmes », précise Nadine Ballot. Les indicateurs retenus répondent aux cinq libertés fondamentales et aux principes de l’OIE (l’Office de la santé des animaux).

Les 5 libertés fondamentales

➜ Ne pas souffrir de faim, de soif et de malnutrition.
➜ Ne pas souffrir d’inconfort.
➜ Ne pas souffrir de douleur, de blessure ou de maladie.
➜ Ne pas éprouver de peur ou de détresse.
➜ Pouvoir exprimer des comportements normaux pour son espèce.

En pratique, un conseiller se rend sur place avec l’aide de l’outil informatique qui permet de réaliser l’évaluation sur smartphone ou tablette. Chaque indicateur se voit attribuer une note de 1 à 100, leur agrégation permet d’établir un classement final du troupeau selon quatre classes : « non classé », « progression », « supérieur », « excellent ». « Nous laissons aux éleveurs une certaine souplesse et des délais pour adapter leurs pratiques », précise-t-elle.

L’application de la Charte relève certes d’une démarche volontaire, mais 95% des éleveurs laitiers y adhèrent car « elle est très souvent présente dans les contrats qui lient l’éleveur à son collecteur et de plus en plus exigée par les clients finaux ».

La visite pour la Charte, valable trois ans, exige 2 heures 30 à 3 heures, dont 1 heure à 1 heure 30 dédiée à Boviwell, réunion de restitution des résultats avec l’éleveur comprise. Plus de 500 conseillers ont été formés pour déployer le dispositif.

Si Boviwell ne concerne que la filière bovine, un projet parallèle a été lancé pour la filière ovine à l’initiative d’Interbev et de France Brebis Laitière, les projets Moubiene et MoubieneLait. De même, la filière caprine travaille sur le projet CMoubienne, qui devrait se concrétiser en 2023. ◼

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