Réseau tradi : la redistribution des cartes

« Mieux aiguiller les porteurs de projets »

La Fédération des Fromagers de France adapte son offre.

L

a dynamique démogra­phique de la profession est alimentée en grande partie par des professionnels en reconversion, en quête d’un métier plus riche humainement mais aussi d’autonomie, désireux de se mettre à leur propre compte sans passer par une phase salariée. Le ticket d’entrée dans la profession restant assez accessible, la tentation n’en est que plus forte. « Dans un cas sur deux, leur formation est financée par Pôle emploi après un licenciement  », précise David Bazergue. Les indemnités de licenciement peuvent contribuer au financement du projet.

Beaucoup d’installations se font directement au sortir d’un CQP ou d’un stage 42 heures. « A la FFF, nous considérons que ce n’est pas suffisant pour devenir crémier-fromager. Certes, certains y arrivent après un stage 42 h car ce sont de bons commerçants et des gestionnaires dans l’âme. Mais ce n’est pas possible pour tout le monde. Le 42 h est plutôt centré sur la connaissance des produits. Or, un porteur de projet a besoin de connaître tout l’environnement technique, économique, réglementaire où il va évoluer. Le CQP n’est pas non plus une formation de créateur, même s’il permet de mieux s’immerger dans la réalité professionnelle. » La FFF est en train d’adapter son offre en conséquence. Des webinaires gratuits sont déjà proposés aux porteurs de projets pour mieux les aiguiller. « Ils durent une heure, 40 minutes de présentation et 20 de questions-réponses, détaille-t-il. Ils permettent une première sensibilisation aux réalités du métier. Parallèlement, nous réfléchissons à une évolution du CQP en 2023, notamment pour les employés destinés à devenir responsable d’un second point de vente. »

Une formation de 90 heures leur est désormais proposée et le CQP devrait évoluer

La FFF oriente désormais les porteurs de projet vers une formation de 90 h dispensée par son école, le CFPL. Une nouvelle session va ouvrir en juillet. « Il y a un tronc commun avec le stage 42 h, explique David Bazergue, qui porte sur la connaissance et le travail des produits, ainsi que la vente conseil. On y ajoute la gestion des achats, le sourcing, les ratios économiques, la connaissance du marché, avec des échanges avec le porteur de projets pour l’aider à se poser les bonnes questions.  »

A la fin du stage, certains renoncent : « 3 sur 12 lors de la dernière session. Ils réalisent que le métier n’est pas fait pour eux. » Le délégué général croit décerner, à l’occasion du Covid, « une bascule dans les aspirations avec l’apparition d’un nouveau profil de stagiaires, plus jeunes qu’auparavant. Avant, les CQP avaient plutôt entre 35 et 45 ans avec, derrière eux, une première carrière d’une quinzaine d’années. Désormais, beaucoup ont moins de 30 ans, voire moins de 25 ans. Ils ont travaillé deux à trois ans auparavant, veulent plus de sens dans leur travail, leur premier moteur n’est pas forcément la création d’entreprise. Ils veulent se faire plaisir au quotidien, être en lien avec la filière. Ils ne vont pas forcément rester éternellement dans la profession, ce sont des générations qui zappent. Pour eux, un poste salarié peut être sécurisant. Ils peuvent même espérer obtenir des responsabilités dans un mini-réseau. Au niveau social, on voit des patrons de fromageries de détail évoluer pour répondre à ces attentes, s’en préoccuper : ils essaient de leur donner du temps, de ne pas imposer le travail du dimanche, de partir sur des logiques de volontariat, d’être plus souples sur les horaires… » ◼

Dans la même séquence

Réseau tradi : la redistribution des cartes
Claude Maret, président de la FFF : « il reste de la place en France »
Mâcon : chacun s’est fait sa place

Retour au sommaire du PF 102