Réseaux sociaux
Camille Brossard : « rester au service du métier »
Camille Brossard connaît les réseaux sociaux de l’intérieur. Bien avant de devenir fromagère, la propriétaire de la Fromagerie Lefort, à Paris, travaillait dans la communication et le community management. Lorsqu’elle ouvre le compte Instagram de la fromagerie en 2014, à une époque où peu de crémiers-fromagers occupent encore le terrain numérique, elle fait figure de pionnière.
« À l’époque, il n’y avait pas encore cette course permanente à la visibilité », se souvient-elle. Le compte de la fromagerie sert alors à montrer le quotidien de la boutique, les produits et la vie de l’équipe. Mais depuis qu’elle a repris l’entreprise il y a trois ans, son regard sur les réseaux sociaux a évolué.
« Gérer aussi la charge mentale »
« Quand on devient chef d’entreprise, on découvre une autre réalité : la charge mentale. » Entre la gestion de l’équipe, les achats, les fournisseurs et la clientèle, trouver du temps pour alimenter les plates-formes devient un défi. Pour le faire sans s’épuiser, elle a choisi de déléguer une partie de la production des contenus à une salariée dès la rentrée prochaine. « Elle gérera le calendrier, la publication des stories et les prises de vue, mais je tiens à conserver ma plume, que les textes restent les miens. »
Cette recherche d’authenticité guide l’ensemble de sa
démarche. À la boutique, un smartphone dédié est mis à disposition de l’équipe. Il permet de faire du contenu tout en préservant une frontière claire entre vie personnelle et activité professionnelle. Une organisation qui reflète sa vision du numérique : un outil utile, mais qui ne doit pas envahir le quotidien.
Car Camille porte également un regard critique sur les réseaux sociaux. « On peut vite tomber dans une logique de comparaison permanente. » Sur son compte personnel (@iconocheese), elle préfère utiliser sa visibilité pour partager les réalités du métier, ses réussites comme ses difficultés. Elle y aborde notamment les conditions de travail dans le secteur, les relations employeurs-salariés ou encore ses expériences.
Ainsi, lorsqu’elle décide de ne plus faire de plateaux pour les fêtes de fin d’année, elle en fait une vidéo pour partager l’évolution des chiffres et les retours clients. Suivie par des gens du métier partout en France, son but est d’apporter de l’aide par le partage d’expérience. « Les clients viennent d’abord pour nos fromages. Ce choix ne nous a pas pénalisés. »
Elle redouterait presque le buzz, refusant de perturber le quotidien de sa clientèle de quartier. « J’aime pouvoir dire “A la semaine prochaine” à mes clients plutôt que d’être taguée dans des publications par des clients de passage. Je ne voudrais pas que mes habitués fassent soudainement 30 minutes de queue pour leurs fromages ! Les réseaux
sociaux ne sont qu’un moyen parmi d’autres
et doivent avant tout rester au service du
métier, jamais l’inverse. » n