L’actu des Pyrénées

Après le « non » de l’Inao : Ossau-iraty, le temps du recul

Le refus de l’Inao de valider le cahier des charges révisé proposé par l’ODG a marqué les esprits. Plutôt que s’appesantir sur ce revers, l’AOP a décidé de prendre le temps de la réflexion pour redessiner ses contours à l’horizon des vingt prochaines années.

L’Institut national de l’origine et de la qualité (Inao) a opposé une fin de non-recevoir, fin juin, au projet de révision du cahier des charges de l’AOP ossau-iraty. Une décision qui a ravivé les tensions au sein d’une filière où cohabitent trois familles – fabricants fermiers, laiteries et livreurs de lait – aux visions parfois divergentes. Pour Sébastien Astabie (photo ci-contre), berger à Bunus et président de l’AOP depuis un an, cet épisode marque surtout un tournant. « La réponse de l’Inao a été claire : on nous a demandé de nous mettre autour de la table et de discuter. C’est ce que nous avons proposé et, cette semaine [NDLR : fin juillet], nous nous sommes mis d’accord pour plancher ensemble sur quelle AOP nous voulons pour les vingt années à venir », explique-t-il.
L’alimentation
au cœur des débats
L’un des points les plus sensibles du projet rejeté concernait l’assouplissement des règles d’alimentation, notamment la possibilité d’utiliser plus de fourrages provenant de l’extérieur de la zone AOP pour faire face au changement climatique (règle actuelle : maximum de 280 kg de MS par brebis et par campagne achetés hors zone). « Une AOP se doit d’avoir, au travers de l’alimentation des animaux, un lien au territoire », rappelle Sébastien Astabie. Pour les fermiers, ce principe est intangible. « Notre ADN, c’est de préserver l’AOP que nous avons. Nous sommes très attachés à notre appellation parce que nous élevons les brebis, nous faisons le fromage, nous l’affinons et nous le vendons », insiste-t-il.
Plutôt que rouvrir immédiatement le dossier technique, la filière a pris un pari plus ambitieux : une étude stratégique, confiée à un cabinet extérieur, va être lancée en septembre. Objectif : créer un espace de médiation pour que chaque famille puisse exprimer sa vision, au-delà des seuls aspects du cahier des charges.

blabla « Il y a des piliers auxquels on ne peut pas toucher »

« Il faut que nous arrivions à discuter entre nous pour savoir ce que nous voulons. Cela prendra en compte les conséquences du changement climatique, la réalité de nos fermes, de notre territoire, ainsi que la qualité du produit et le partage de la valeur ajoutée », détaille le président. Ce n’est qu’à l’issue de ce travail, qui s’annonce comme un exercice de refondation, que la question des mesures à modifier ou à maintenir sera posée. « Il est trop tôt pour faire des pronostics », prévient-il, soulignant qu’il y a « des fondements, des piliers, auxquels on ne peut pas toucher », citant la règle des 240 jours de pâture par an, la période de repos des brebis (pour respecter leur saisonnalité) ou encore l’utilisation exclusive de races locales (Manech tête noire, Manech tête rousse et Basco-Béarnaise).
Sous pression, mais dynamique.

Cette quête de consensus intervient dans un contexte particulièrement difficile pour les éleveurs. Après un épisode douloureux de fièvre catarrhale ovine (FCO) l’an dernier, un nouveau variant (FCO3) est apparu sur la zone. Surtout, le territoire basque subit une sécheresse inédite. « Je suis en train de couper le peu de fourrage qu’il reste car les services météo annoncent de fortes chaleurs, tout risque de jaunir. On n’a jamais connu cela », confie le berger.
Les volumes de l’AOP restent soutenus (4 499 tonnes vendues en 2024), avec une production qui pourrait approcher les 5 000 tonnes et une famille fermière qui ne cesse de s’élargir, frôlant désormais les 175 producteurs. n